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The Queen

23 juillet 2017 à 20.55 sur Arte

Samedi 22 Juillet 2017

2 mai 1997. Au lendemain de sa victoire électorale, le leader travailliste Tony Blair se prépare avec la fébrilité d'un collégien au tête-à-tête avec la reine qui doit le consacrer Premier ministre. Quatre mois plus tard, dans la nuit du 30 au 31 août, la famille royale, en vacances dans sa résidence écossaise de Balmoral, apprend que Lady Diana Spencer vient de se tuer avec Dodi al-Fayed dans un accident de voiture à Paris. Élisabeth refuse à son fils Charles un avion de la Royal Air Force pour se rendre sur place d'urgence. Car la "princesse du peuple" ayant récemment divorcé, la Couronne, pense-t-elle, n'a pas à prendre officiellement son deuil en charge. Stupéfiée par les manifestations de désespoir collectif qui accueillent la nouvelle dans son royaume et au-delà, elle est résolue à tenir bon. Même si Tony Blair, épaulé par ses conseillers en marketing, lui susurre respectueusement que les temps ont changé…

La revanche du peuple
Le premier ressort du plaisir intense distillé par The Queen (à condition de s'être remis de la mort de Diana), c'est l'illusion revancharde, sinon démocratique, de pouvoir rire des puissants de ce monde en découvrant leur intimité parfois fort prosaïque. Entre la hideuse robe de chambre du prince Philip, plus consort que jamais, qui ne trouve rien de mieux que traîner ses petits-fils à la chasse au cerf pour adoucir le choc de la mort de leur mère, les jérémiades de Charles et la férocité de la nonagénaire "Queen Mum", la famille royale, le rôle-titre excepté, n'en sort pas grandie. L'ambition presque naïve du jeune Blair et le cynisme autosatisfait de ses spin doctors sont épinglés avec la même ironie discrète et dévastatrice. Mais en fin observateur des rapports de classe et de la nature humaine, Stephen Frears dépasse la simple satire pour conter une fable politique d'une grande acuité sur le règne de l'émotion et de l'immédiateté. La composition extraordinaire de Helen Mirren, mais aussi de Michael Sheen, qu'elle a quelque peu éclipsé, sont pour beaucoup dans la jubilation que procure ce petit chef-d'œuvre d'intelligence et d'audace. Le tout couronné d'une savoureuse cherry on the pudding : son exotisme 100 % british.


Élisabeth II, nonagénaire télégénique

À l’instar de ses grands prédécesseurs Richard III ou Henry VIII, immortalisés par Shakespeare, Élisabeth II est un rôle en or. Tour d’horizon des apparitions de Sa Majesté dans les fictions filmées, entre parodie et révérence.
 
Par Emmanuelle Bour

Le couronnement d’Élisabeth II en 1953 fut le premier à être retransmis en direct à la télévision : l'avènement de la reine croît parallèlement à celui de l’écran, et depuis soixante-cinq ans que dure son règne, elle voit, immuable, évoluer son peuple et le reste du monde. C’est d’ailleurs à ce hiatus entre une reine garante des nobles institutions centenaires de Grande-Bretagne, impassible face à la modernité, et un peuple sujet à l’immédiateté et à la passion bien peu britishsuscitée par les écrans que s’attaque, pour la première fois, Stephen Frears en 2006. Le réalisateur brise un tabou anglais en portraiturant, de son vivant, Élisabeth II et la royal family dans leur intimité. Choisir de se pencher sur la semaine qui a suivi le décès de Lady Diana en 1997 met en lumière l’incompréhension, qui a explosé au grand jour à cette occasion, entre la souveraine et ses sujets : l’une se drappe dans le deuil et la dignité tandis que l’autre réclame de la compassion et de l’empathie face à ce qui est ressenti comme de l'indifférence froide. Moins de dix ans après cette semaine cruciale pour la Couronne, ce film à succès revient sur une expérience traumatique de la monarchie, comme pour mieux comprendre les motivations royales. Dans cette optique, l’actrice britannique Helen Mirren campe une Élisabeth magistrale, digne et émouvante dans la maîtrise de sa personne, une prestation qui lui a par ailleurs valu de remporter, notamment, un Oscar.

Révérence précise
Certains cinéastes choisissent de s’attaquer au monument que constitue la vie de Sa Majesté en se concentrant avec respect sur un moment bien précis de son histoire. Exemple d'un volet scénarisé de la vie de la reine, celui de la série anglaise Playhouse Presents qui consacre en 2012 l’épisode "Walking the Dogs" à une nuit de 1982, quand un intrus a pénétré dans la chambre d'Élisabeth et, à la faveur d’un système de sécurité défaillant, y est resté pendant dix minutes en tête à tête avec elle. Élisabeth II est ici interprétée par Emma Thompson dans un épisode réalisé par Jeremy Brock.
Une autre nuit royale particulière est célébrée en 2015 par Julian Jarrold, qui met en scène une jeune Élisabeth, alors princesse héritière du trône, jouée par Sarah Gadon. A Royal Night Out raconte que, lors des célébrations historiques fêtant la victoire de l’Angleterre contre l’Allemagne nazie en 1945, les deux filles du roi George VI avaient été autorisées à se mêler à la liesse populaire dans les rues londoniennes.
Les auteurs des temps modernes s'emparent donc des nombreux événements de la longue vie de la reine pour faire entrer – sans irrévérence – le spectateur dans l’intimité de la puissante figure. Une composition sérieuse, source de récompenses pour les actrices de ces biopics. La série américano-britannique The Crown créée par Peter Morgan, le scénariste de The Queen , diffusée depuis 2016 sur Netflix, présente le quotidien d’Élisabeth, depuis son mariage en 1947 à l'année 1953 (pour la saison 1). La jeune Claire Foy joue avec gravité la version scénarisée de Sa Majesté, un rôle qui lui a valu un Golden Globe en 2017.

Second rôle
Sans doute parce que les blagues sont rares du côté de Buckingham, la prestance souveraine peut également être vue comme un sujet de dérision, a fortiori dans la patrie des Monty Python. Élisabeth II constitue un ressort comique, voire satirique pour les cinéastes qui relâchent la soupape royale : ils se permettent ainsi un humour pas toujours très british pour insérer la reine d’Angleterre en rôle secondaire. Ainsi apparaît-elle, potache, dans les comédies des années 1980, principalement dans des parodies de James Bond où sa royale condition est parfois bien mise à mal. Deux actrices se spécialisent d’ailleurs dans ces doublures bon enfant de films bouffons : la Française Huguette Funfrock dans Bons baisers de Hong KongLe bourreau des cœursMad Mission 3: Our Man from Bond Street et la Britannique Jeannette Charles dans Queen KongBonjour les vacances 2Y a-t-il un flic pour sauver la reine ?, et Austin Powers dans Goldmember.
Malgré tout, Sa Majesté a consenti une seule fois à jouer son propre rôle, dans le sketch projeté lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Londres, en 2012. Élisabeth II y apparaît au bras de Daniel Craig/James Bond, qui l’emmène sous la caméra de Danny Boyle sauter en hélicoptère pour ouvrir le grand rendez-vous sportif depuis le stade olympique… Seule une partie du film aurait été doublée par une cascadeuse. Mais de quelle scène pourrait-il bien s’agir ?


Film de Stephen Frears (Royaume-Uni/France, 2006, 1h38mn, VF/VOSTF) - Scénario : Peter Morgan - Avec : Helen Mirren (Élisabeth II), Michael Sheen (Tony Blair), James Cromwell (le prince Philip), Sylvia Syms (la reine mère), Alex Jennings (le prince Charles), Helen McCrory (Cherie Blair), Roger Allam (Robin Janvrim) - Image : Affonso Beato Ascabo - Montage : Lucia Zucchetti - Musique : Alexandre Desplat - Production : Pathé Pictures International, Scott Rudin Productions, Granada Film, BIM Distribuzione, Canal +, France 3 Cinéma, Pathé Renn Production

A voir sur Arte  :


Rediffusion: 
26 & 31 juillet 2017 à 13.35


The Queen (Film, Cinéma) ©ArteTV











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