Menu
Accueil
Envoyer à un ami
Version imprimable
Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager

Au cinéma : Madame

Un Long métrage de Amanda Sthers



 
 
Anne (Toni Colette) et Bob (Harvey Keitel), un couple d’Américains fortunés récemment installés à Paris, s’apprêtent à donner un grand dîner, et convient douze invités triés sur le volet, réunissant la haute société anglaise, française et américaine. Mais lorsqu’Anne réalise qu’un treizième couvert est posé pour Steven, le fils du premier mariage de Bob, elle panique : pour cet événement mondain, hors de question de provoquer le mauvais sort ! Elle demande à Maria (Rossy de Palma), sa domestique, d’enfiler une robe et de se faire passer pour une riche amie espagnole. Maria se retrouve assise à côté de David, un expert en art issu de la noblesse britannique. Aussi quand, sous le charme de Maria, il la recontacte le lendemain, révéler sa véritable identité est impossible. Une romance commence, qui va faire trembler les valeurs élitistes et le mariage d’Anne. À moins que cette dernière n’arrive à l’étouffer... 
  
 
 
 
 

Regardez la bande annonce ci-dessous

ENTRETIEN AVEC AMANDA STHERS
  • COMMENT EST NÉ LE PROJET DE MADAME ?
​​

Le point de départ, c’est Rossy de Palma. Elle avait vu ma pièce de théâtre, Le Vieux Juif blonde, ce qui lui avait donné envie de travailler avec moi, elle en a parlé à notre agent commun, nous nous sommes rencontrées. Je lui ai dit que j’avais du mal à écrire sur commande, mais que j’étais flattée. J’étais impressionnée que cette actrice emblématique fasse une démarche vers moi.

Un peu plus tard est née cette envie d’écrire un personnage de femme à laquelle on puisse s’identifier, qui ne ressemble pas aux images de papier glacé. Je trouvais intéressant de la montrer comme je l’ai vue, et comme l’ont vu tous les membres de l’équipe : une femme dont on tombe amoureux. Parce que sa beauté intérieure illumine la beauté singulière de son physique – pour moi, Rossy, c’est un Modigliani enchanté !

 

  • UN FILM POUR ROSSY, DONC. MAIS D’OÙ EST VENUE L’HISTOIRE PROPREMENT DITE ?

 

L’envie d’écrire pour Rossy est venue se caler sur une autre idée. J’ai remarqué que les femmes de ménage appellent toujours leur patronne « Madame », alors que celles-ci les appellent le plus souvent par leur prénom. C’est une relation très particulière car l’employée pénètre dans l’intimité de ses patrons : elle lave leur linge, elle change les draps, elle sait qui a dormi là ou pas. Mais subsiste néanmoins une forte domination sociale, voire une trace d’une féodalité très ancienne. Si l’on s’y arrête un peu, c’est très dérangeant. Et j’ai extrapolé : que se passerait- il si une employée de maison s’avisait de tomber amoureuse d’un proche de ses patrons ? Si elle était invitée à un dîner, les gens la reconnaîtraient- ils d’emblée comme une femme de ménage ? J’ai imaginé des gens très riches, de ceux qui partent en vacances avec leur domestique. Comme une forme d’esclavagisme contemporain et légal. Et Rossy était parfaite pour ce rôle : je mets quiconque au défi de dîner avec elle et de ne pas avoir envie de devenir son ami !

 
  • COMMENT AVEZ-VOUS IMAGINÉ LES PERSONNAGES JOUÉS PAR TONI COLLETTE ET HARVEY KEITEL ?

 

Il fallait qu’ils soient Américains. En France, c’est compliqué de parler d’argent, de dépeindre des gens d’un milieu social très élevé. Et aussi parce que la situation symbolise les dérives du capitalisme. Voici un pays, les États-Unis, qui promet sa chance à tout le monde, et cet opium fonctionne encore : tout le monde y croit alors que les inégalités sont terribles, l’ascenseur social complètement bloqué. Quand vous parlez aux serveurs, aux chauffeurs de taxi, etc., il ne se plaignent pas de ne pas avoir eu leur chance, mais affirment que celle-ci n’est pas encore venue !

Mes Américains, j’en ai fait des personnages en prison : Bob, interprété par Harvey Keitel, est prisonnier de son niveau de vie. Anne, interprétée par Toni Colette est prisonnière de son apparence. Elle a épousé l’homme dont elle était la professeure de golf. Elle voit en Maria quelqu’un qui pourrait reproduire son parcours. Elle sait pertinemment qu’elle-même risque d’être remplacée par une femme plus jeune et plus fraîche...

 
  • QUEL A ÉTÉ L’APPORT DU SCÉNARISTE MATTHEW ROBBINS, QUI A NOTAMMENT TRAVAILLÉ AVEC STEVEN SPIELBERG OU GUILLERMO DEL TORO ?

 

Je le connais depuis mes 18 ans, il m’a beaucoup appris. Il est intervenu sur la dernière version du scénario. Quand on est à bout de souffle sur une écriture, c’est très stimulant d’être face à quelqu’un qui vous pousse dans vos retranchements, vous oblige à vous remettre en question. Il a veillé à ce que chaque personnage soit face à une problématique. C’est lui, par exemple, qui a imaginé les problèmes d’argent du personnage joué par Harvey Keitel. C’était comme créer une seconde intrigue sous la première. Il m’a aussi aidée à faire parler mes personnages comme de vrais Américains : mon anglais est littéraire, et il est très anglais. Il a apporté de la vérité au couple. 

 

  • LE FILM EST UNE SATIRE SOCIALE ASSEZ VIRULENTE : CE COUPLE, VOUS LE CONDAMNEZ ?

 

Bien sûr, ils sont très cruels, mais ils me touchent aussi. Le personnage joué par Harvey n’est jamais machiavélique, même s’il use de son pouvoir. Celui incarné par Toni est plus complexe, mais aussi très humain dans sa détresse : cette femme ne sait pas ce qu’est l’amour, pour elle c’est juste un vecteur d’ascension sociale.

 

Quand elle voit que Maria, jouée par Rossy, est sincèrement touchée par son histoire d’amour inattendue, elle est jalouse. Et au lieu de penser que ça peut arriver – et lui arriver – elle affirme que tout cela est infantile, que l’amour n’existe pas, et elle va tout faire pour le prouver. C’est le genre de personnes qui font tout pour que le monde s’applique à leurs théories, au lieu de les faire évoluer au contact du monde. Mais il lui arrive aussi d’être touchante : quand elle dit à Maria que son rouge à lèvres lui va bien, par exemple. Mais, très vite, elle est rattrapée par son envie d’être la première, la plus belle... Aux États-Unis, j’ai croisé beaucoup de femmes comme elle : elles poursuivent un idéal féminin imposé par la société, d’ailleurs elles se ressemblent toutes. Il faut se conformer à ce dogme sans quoi une femme plus jeune les remplacera. Cette forme d’esclavage n’est pas si éloignée de celui des domestiques.

 
  • AU DÎNER, MARIA NE SE SENT PAS À SA PLACE...

 

Je connais bien ce sentiment d’imposture ! Ce que je fais vivre au personnage de Rossy, je l’ai ressenti à l’adolescence : j’ai grandi dans une famille plutôt intello, avec un père médecin ; l’année de mes 14 ans, il s’est remarié avec une femme qui évoluait dans un monde avec beaucoup d’argent et j’ai été propulsée dans ce milieu dont j’ignorais tous les codes – quand je les ai appris, ils m’ont assez rapidement dégoûtée. Je passais mes vacances chez mes grands- parents en Bretagne, et tout d’un coup me voilà à Saint-Tropez dans la « jet set ». Je n’étais pas du tout à ma place.

Rossy de Palma pouvait d’autant mieux jouer Maria qu’elle ne fait partie d’aucun monde : elle est aimée partout, elle traverse les milieux sociaux et culturels avec une force, une puissance à créer de la sympathie qui sont mystérieuses et irrésistibles. Dans sa vie, Rossy a expérimenté des choses très dures, l’art a été un pansement pour elle. Je crois qu’être la Cendrillon et la princesse du film l’a libérée encore davantage : être regardée avec admiration, cela fait toujours du bien. Si le film a servi à la rendre heureuse et amoureuse, cela me suffit presque! 


 

 
  • LA SCÈNE DU DÎNER EST « L’INCIDENT DÉCLENCHEUR » DU RÉCIT. COMMENT L’AVEZ- VOUS IMAGINÉE ET TOURNÉE ?

 

Ce qui bouleverse tout, dans ce diner, c’est l’irruption du personnage du fils d’Harvey, Stephen, joué par Tom Hughes. Stephen a mélangé le plan de table, permettant à Maria d’échapper à la surveillance de sa patronne qui espérait bien rester le chef d’orchestre de la soirée. Stephen dérègle la machine et provoque l’expérience qui va lui donner la matière de son livre.

J’avais fait le plan de table du dîner dès l’écriture. En prépa, on s’est réunis avec le chef-op, la scripte, le premier assistant, pendant quatre jours : un tableau plein de couleurs et de flèches réunissait tous les personnages, dont les noms étaient cochés selon la succession des plans : il fallait savoir qui parlait, qui écoutait, et surtout quels étaient les axes de regard. En trois jours et demi, avec deux caméras, on a résolu le casse-tête et obtenu une scène de douze minutes et demie. Et tout s’est bien passé ! 

 

  • SELON VOUS, LORS DE CETTE SCÈNE, RIT-ON DE MARIA, COMME LE PENSE ANNE, OU LES CONVIVES LA TROUVENT-ELLE RÉELLEMENT DRÔLE ?
 

Si l’on sait que c’est la femme de ménage, on peut être gêné pour elle ; mais si l’on imagine qu’il s’agit d’une « Grande Dame » d’Espagne, on la trouve super culottée et drôle. C’est toute l’injustice du monde que l’on rie ou pas selon la personne qui fait la blague.
 

  • LE PERSONNAGE JOUÉ PAR MICHAEL SMILEY TOMBE-T-IL AMOUREUX D’ELLE PARCE QU’IL CROIT AVOIR AFFAIRE À UNE HÉRITIÈRE DE LA NOBLESSE ?

 

C’est l’éternelle question que les femmes adorent poser : « tu m’aurais aimée si j’avais été blonde ? » « Mais tu n’aurais pas été toi... » Oui, je suppose qu’il tombe amoureux parce qu’elle est une « Grande Dame » et qu’en plus elle est drôle et sympathique, ce qui est inattendu. Il ne serait pas tombé amoureux d’elle si elle l’avait servi à table. Il ne l’aurait même pas regardée. D’où l’ambiguïté de la scène de fin : la voit-il en l’ignorant sciemment ? Ou bien l’ignore- t-il parce qu’il ne la voit pas ? J’ai envie de croire à cette deuxième réponse qui renvoie à une réplique de Toni, un peu plus tôt dans le film : personne ne fait jamais attention au visage des femmes de ménage. Pour moi, même si ce n’est jamais dit dans le scénario, le personnage que joue Michael ment. C’est un escroc. L’enfance qu’il raconte, il l’a inventée de toutes pièces. Il est d’autant plus désarçonné qu’il est face à quelqu’un qui ment aussi. Mais, dans les dîners, c’est souvent comme ça : on ne sait jamais qui est qui, l’espace d’un repas, on peut être qui on veut !

Michael Smiley est un acteur irlandais que j’avais rencontré au Festival de Dinard, où nous faisions partie du jury. Nous sommes devenus amis. Je lui avais fait lire le scénario, pour lui demander des conseils. Je cherchais un acteur, alors qu’il était là, sous mes yeux. Je lui ai dit : « Joue comme si tu mentais. » Et même si son personnage peut paraître indéfendable, sa dernière réplique, qui évoque ce qui lui restera de Maria, le sauve un peu.

 
  • MAIS, AU FOND, MARIA S’EN SORT-ELLE SI MAL ?

 

Au Festival de Sydney, beaucoup de spectatrices sont venues me voir : « On ne comprend pas très bien, mais on est plus émues et plus satisfaites en voyant partir Maria seule que s’il y avait eu une happy end classique... » C’est le côté « comédie romantique féministe » de MADAME : il finit bien parce que l’héroïne est seule ! Maria s’est libérée de quelque chose, cette histoire d’amour, même si elle est ratée, est réussie puisqu’elle lui a permis de s’affranchir de quelque chose qui n’allait pas dans sa vie. Une femme debout, seule, en souriant, cela me paraît un dénouement très contemporain : aujourd’hui, comment croire encore au prince charmant ? Une femme peut être heureuse en étant seule, c’est d’ailleurs mon cas, après avoir eu des princes plus ou moins charmants !
 

  • QU’EST-CE QUI LA DÉCIDE À PARTIR ?

 

La colère : « Je vaux mieux que ça ». Et dans ce verbe, valoir, il y a l’idée que, justement, sa valeur n’est pas quantifiable en argent. Sa valeur, c’est de se tenir debout, d’être libre, contrairement à Toni. « Moi, je laisse les boucles d’oreille qui valent une fortune, elles ne m’intéressent pas, ce qui m’intéresse, c’est ce que j’ai en moi. » Ce n’est pas un mince exploit de tenir debout toute seule, on passe notre temps à chercher l’amour dans les yeux des gens. S’aimer assez pour s’en passer, c’est une quête qui peut durer très longtemps. Maria n’est d’ailleurs pas une jeune fille, c’est une femme qui a mis du temps à se trouver.
 

  • VOUS ÉTIEZ FACE À DES COMÉDIENS À L’ORIGINE ET AU JEU TRÈS DIFFÉRENTS, COMMENT LES AVEZ-VOUS DIRIGÉS ?

 

Ma méthode est simple : je ne répète jamais, je demande toujours aux acteurs de me livrer la première version de la scène qu’ils ont en eux. Si ce n’est pas ça, rien de grave ; mais, parfois, des toutes premières prises naît une émotion qu’on n’arrive pas à reproduire. Donc la première prise est à eux, et après, si besoin, on retravaille. Sur MADAME, vu le niveau des acteurs, je les laissais y aller au début et ensuite, je modulais. Harvey est plus instinctif que technique : c’est la vérité du moment qui l’intéresse, il faut qu’il se passe quelque chose, qu’il soit en vie pendant la prise. Ce sont des trucs de vieux roublard : rajouter des accessoires, par exemple, un whisky, des olives, etc., pour se créer des obstacles, donner à la scène un sens physique. Toni est l’actrice la plus technique avec qui je n’ai jamais travaillé : c’est un métronome, qui, de prise en prise, peut refaire la même chose, au souffle près. Une horloge !

Rossy donne le sentiment d’être instinctive mais c’est aussi une grande technicienne. J’ai essayé de gommer sa tendance à la clownerie, à faire des mimiques, ce qu’on lui a beaucoup demandé. C’est son premier vrai « premier rôle », assez différent de ce qu’elle a pu jouer, même chez Almodóvar. Elle aimait l’idée que le film ne soit pas une farce mais une comédie acide, que son personnage soit sensible et intelligent.
 
 

  • LES DIALOGUES SONT PÉTILLANTS, ILS OFFRENT MÊME UN PEU D’AUTODÉRISION AUX PERSONNAGES : ANNE, PAR EXEMPLE, EST SOUVENT AU BORD DU POLITIQUEMENT INCORRECT...

 

Oui, elle dit des horreurs, qui nous font rire parce qu’elles ont un fond de vérité. J’écris ce que j’aimerais entendre dans ces dîners qui sont souvent ennuyeux. C’est dans les dialogues que je trouve le plus de plaisir, c’est l’essence même de mon écriture. Et quand je tourne, ma pensée va moins au cadre que j’ai réfléchi en amont, qu’à la façon dont on pourra mettre en valeur ces dialogues, et accentuer leur drôlerie.

 
  • LE FILM FAIT S’ENTRECROISER DES SOLITUDES DANS UN UNIVERS TRÈS LUXUEUX, ASSEZ ATTIRANT. QUELS ONT ÉTÉ VOS CHOIX VISUELS ?

 

Il fallait que le film ressemble à un conte de fées, même si, au fond, il se moque du genre. Je voulais qu’il soit coloré, très riche visuellement. Le chef- opérateur Régis Blondeau a fait un travail approfondi sur la lumière : l’image est plutôt sombre avec des scintillements qui sont, au fond, comme des étincelles d’espoir. Il y a peu de blanc, à part la robe que Maria emprunte à Anne. D’habitude, le blanc est la couleur de la pureté, ici, c’est celle du mensonge !
 

  • MADAME, EST-CE UN FILM FRANÇAIS OU UN FILM AMÉRICAIN ?

 

Une comédie américaine tournée à Paris ? C’est un film d’aujourd’hui, alors que les frontières s’abolissent et les problèmes se mondialisent. Ce qui reste à la France, c’est l’art et l’amour et ce n’est pas rien ! 

 
 
 
 
 
 
 
 
 

DISTIBUTION

Un film de : Amanda Sthers
Scénario : Amanda Sthers
Distributeur : Studiocanal

Toni Collette (VF : Marjorie Frantz) : Anne Fredericks
Harvey Keitel : Bob Fredericks
Rossy de Palma : Maria
Michael Smiley : David Reville
Tom Hugues : Steven Fredericks
Stanislas Merhar : Antoine Bernard
Sue Cann : Mandy
Ariane Séguillon : Josiane
Beatrice Ecaterina Mujdei : Rose
Brendan Patricks : Toby
Tim Fillingham : Michael
Joséphine de La Baume : Fanny
Sonia Rolland : Marinette
Ginnie Watson : Jane Millerton
Noah Labastie : Gilles
Eric Zorgniotti : Fedor
Alex Vizorek : Jacques
Jay Benedict : Dr Schwiman
Salomé Partouche : Gabriella
Violaine Gilibert : Hélène Bernard
 
 
 
 

Au cinéma le 22 novembre 2017
 
 
 
 
 
MADAME_120x160
  • MADAME_120x160
  • rdepalma
  • Tcolette
  • HkeitelTColette
  • RD PALMA Standing










Actualités | Politique | A voir | Cinéma | Littérature | Théâtre | Festivals | Musique | Petit ecran | Tribune libre | Adhérer