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DU 10 AU 14 JANVIER 2017 LA FAMILLE ROYALE

D’après l’oeuvre de William T. Vollman Adaptation et mise en scène Thierry Jolivet et La Meute-Théâtre



Henry Tyler, détective privé neurasthénique, est engagé par un homme d’afaires cynique pour identifer la mythique « Reine des Putes » de San Francisco, dont celui-ci entend faire la vedette d’un bordel virtuel à Las Vegas. Comme en proie à un sortilège, Tyler se voue corps et âme à une enquête qui l’entraîne dans les bas-fonds de la ville.  Il fnit par rencontrer la « Reine »,  tombe amoureux d’elle et devient dès lors membre de la « Famille Royale », une tribu de prostituées ravagées par le crack, que le Roi Dollar et ses sbires vont s’employer à anéantir. Traquant la moindre bribe d’humanité là où ne semblaient régner qu’ordure et obscénité, William T. Vollmann compose avec  La Famille royale  une fresque lyrique éblouissante, sous le signe des amours contrariées, des vies gâchées et des sociétés corrompues, et démontre une fois de plus que le « grand roman américain » est toujours à écrire. La Famille royale Roman de William T. Vollmann (2000) Traduit de l’américain par Claro  – Éditions Actes Sud (2004)

Avis du metteur en scène:

L’oeuvre de William T. Vollmann est pareille à un ventre insatiable, magmatique, au sein duquel la littérature américaine toute entière bouillonne et remue. Le poème incantatoire halluciné et l’âpre brutalité dialogique s’y entrechoquent bruyamment en une prose famboyante qui rappelle Kerouac, Burroughs et Ginsberg par son lyrisme violent, Bukowski et Hubert Selby Jr. par son humour désespéré, Thomas Pynchon ou Don DeLillo par son audace expérimentale, et les prescripteurs du « nouveau journalisme » à l’américaine, ceux-là qui de Truman Capote à Tom Wolfe se proposèrent d’établir les fondations du récit sur l’aventure empirique de l’écrivain luimême. C’est aussi une langue nourrie par Shakespeare, qui transfgure notre époque en un paysage de légende, et embrasse la trivialité du vivant pour la racheter en dernière instance par le moyen de fulgurantes métaphores. Une langue qui mérite de passer par le corps de l’acteur. La Famille royale  dresse le portrait d’une Amérique de cauchemar, à l’heure de la mondialisation et des nouvelles technologies, une Amérique où les spectres cannibales de l’anarcho-capitalisme l’ont défnitivement emporté sur la multitude des faibles et des ratés.  Le lumpenproletariat, dépossédé de tout principe moral, s’y entredévore lentement au coeur de métropoles infernales, et les âmes foudroyées des prostituées toxicomanes sont devenues des valeurs monnayables sur les marchés fnanciers. Henry Tyler, fgure mythologique du privé de série noire, miroir d’Hamlet aux temps cybernétiques, s’enfonce tel Dante au bras de Virgile dans les profondeurs de ce labyrinthe dystopique et fait l’épreuve de la violence, du désespoir et de la corruption, avant de rencontrer la consolation dans le giron de la « Reine des putes » de San Francisco, mère tutélaire des minables et maîtresse en fraternité. La Famille royale  est un conte de terreur et de fèvre, noir,  vénéneux. Je rêve d’un royaume malade, noyé de larmes et de boue, dévoré par les mauvaises herbes et la vermine rampante. Je rêve d’une ville dévastée, irradiée de lumière, peuplée de princesses folles et de cavaliers ensanglantés. Je rêve d’un bataillon de flles défoncées au crack et à la mélancolie, perdues dans le silence d’une nuit profonde. Nous célébrerons les funérailles de ce monde, nous jetterons la dernière pelletée de terre, nous souferons les bougies. Alors quand nous serons perdus, vraiment perdus dans le noir, que sera-t-il temps de comprendre ? À quelles illusions feront-nous nos adieux en enterrant le corps de la Reine ? Que chanterons-nous pour braver le froid, la solitude et la nuit ? De quoi faudra-t-il nous rendre maîtres pour faire enfn le deuil de l’innocence perdue ? Quels voeux projetterons-nous dans le temps et l’espace comme un déf à la désespérance ? Où puiserons-nous la force de peindre sur le champ de ruines les prémisses d’une joie nouvelle ? De quels spectres nous laisserons-nous hanter ? Quels dieux en nous ne pourront être réduits ?

Thierry Jolivet
Septembre 2015


EXTRAIT

Nous touchons là au coeur des choses, avec la femme efrayée qui ne veut plus aller seule vers l’homme car quand elle le fait,  quand elle ôte sa robe ample pour lui ofrir le spectacle de ses seins rances presque aussi gros que sa tête à lui,  ou de seins inexistants,  ou de son tissu cicatriciel consécutif à une mammectomie avec scotchées dessus de vieilles balles de tennis censées lui restituer les courbes adéquates ; quand, venue vendre sa chair, elle se tient debout ou accroupie et attend, fgeant l’air d’abord avec la grasse puanteur de ses pieds crasseux, puis avec le parfum des bodies et des vieilles culottes qu’elle porte depuis une semaine, avec l’odeur enfn de sa robe, toute emblasonnée de taches de bière et de cendres de cigarette et épicée par l’odorante sueur du sexe, de la crainte,  de la fèvre et de l’accoutumance – oui, quand elle va vers l’homme, et qu’il l’accepte,  quand elle s’est dépouillée de toute mue nauséabonde (soit à la hâte, pour en fnir, soit avec lenteur comme un gros camion qui se gare sur une aire de repos parce qu’il est fatigué), oui, quand elle met à nu l’âme vieillie de son âme, exhalant par chaque pore physique et ectoplasmique sa suprême odeur qui fait pleurer les yeux plus que n’importe quel oignon rouge – l’odeur de cire et de pourriture qui monte d’entre les jambes, toute mélangée à son halo, l’odeur sucrée de la chair souillée ; oui, quand elle s’accroupit douloureusement avec son client sur un lit, par terre ou dans une allée, alors elle s’attend que survienne sa propre mort. Le coeur des choses, c’est qu’elle a peur. Chacune de ces femmes plus ou moins propres ou à l’entrejambe pourri a peur. Chacune marche avec la peur, attend seule – je vous en prie, elle ne veut pas y aller seule ! Lisez sa liste de souhaits secrets (qui bien sûr comprend des voeux plus importants en rapport avec l’argent, la drogue et le sommeil) : elle a besoin d’une amie pour l’accompagner. Elle a besoin de quelqu’un pour veiller sur elle,  car elle est seule.  Le coeur des choses,  c’est la peur,  parce qu’elle sait que tôt ou tard elle se fera violer,  détrousser et sodomiser une fois de plus,  et la dernière fois qu’un type l’a fait c’était très douloureux, elle a dû se rendre à l’hôpital et ça a bousillé défnitivement ses intestins.  Tôt ou tard elle attrapera le sida ou elle se fera cofrer par les fics,  une fois de plus,  ou alors elle fnira dans plusieurs sacs en plastique dans des bennes très espacées. C’est pourquoi elle a besoin de la Reine.
 



Avec Florian Bardet , Zoé Fauconnet , Isabel Aimé Gonzalez Sola, Nicolas Mollard , Julie Recoing , Antoine Reinartz , Savannah Rol , Paul Schirck

Traduction - Claro / Adaptation - Thierry JolivetLa Meute - Théâtre / Composition et interprétation musicales - MEMORIAL*, Clément BonduJean-Baptiste Cognet et Yann Sandeau / Scénographie - Anne-Sophie Grac / Lumière - David Debrinay / Sonorisation - Mathieu Plantevin / Décor - Atelier de la Comédie de Caen, sous la direction de Benoît Gondouin

Production : La Meute - Théâtre
Coproduction : Célestins – Théâtre de LyonThéâtre Jean-Vilar de Bourgoin-Jallieu, Comédie de Caen – Centre dramatique national de Normandie
Production déléguée : Célestins – Théâtre de Lyon


Avec le soutien de l'École de la Comédie de Saint-Étienne DIESE# Auvergne-Rhône-Alpes, du Centquatre – Paris, du Toboggan – Décines, du Centre dramatique de Normandie-Rouen, de la Ville de Lyon, de la Région Auvergne Rhône-Alpes, du Jeune Théâtre National et de la SPEDIDAM
Avec l’aide au projet de la DRAC Auvergne Rhône-Alpes
Le roman de William T. Vollmann, traduit de l’américain par Claro, est publié aux Éditions Actes Sud.

 

_______________________


AUX CÉLESTINS,  THÉÂTRE DE LYON

Mardi 10 janvier à 20h
Mercredi 11 janvier à 20h
Jeudi 12 janvier à 20h
Vendredi 13 janvier à 20h
Samedi 14 janvier à 20h


Durée : 3h45 avec entracte 


Billetterie : 04 72 77 40 00
Administration : 04 72 77 40 40
www.celestins-lyon.org

4 rue Charles Dullin - 69002 Lyon




Vendredi 30 Décembre 2016






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