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DU 17 AU 28 JANVIER 2017 AMPHITRYON De Molière

mis en scène par Guy Pierre Couleau



Dans , Amphitryon  les dieux qui s’ennuient un peu dans leurs nuées descendent sur terre,  prennent l’apparence des humains pour séduire leurs femmes et vivre ainsi d’autres émois, d’autres sensations.  Est-ce à dire que les dieux envient notre condition ? Molière le suggère et je ne suis pas loin de penser que son intention est très nette là-dessus : les humains recèlent une part de divinité et seul le désir,  le rapport amoureux entre deux êtres est capable de la faire apparaître. Mais cette venue sur terre des divinités illustre une autre thématique : Molière annonce une autre conscience de l’Homme face au pouvoir politique, face à ceux qui gouvernent en tyrans, en autocrates.  Désespoir ou réalisme ? Pragmatisme ou fatalisme ? Sagesse, plus exactement, de celui qui se sait fragile devant les outrances et les impostures des puissants,  prudence du chef de troupe qui dépend de l’argent du Prince et bon sens de l’artiste qui a conscience du prix,  parfois bien lourd, de la liberté de penser.  Ici ce sont les dieux qui séquestrent les humains, en dérobant leurs apparences physiques. Mais aussi,  dans le cas de Sosie,  en le privant de sa personnalité,  de ses souvenirs,  de son nom et de son moi. Sosie est entièrement dépouillé par Mercure de ce qui le fonde en tant qu’être humain.  Plus qu’une oeuvre sur la liberté,  je dirais qu’Amphitryon  est une pièce sur l’identité. Lorsque Mercure frappe Sosie et l’empêche de parler, de se nommer ou encore de dire qui il est,  c’est Molière qui fait l’autoportrait de l’artiste censuré,  muselé,  promis à la compromission qu’exige l’argent qu’on lui donne. Molière se sait asservi au pouvoir,  il se sait l’esclave du roi et de sa Cour.  Il a pourtant conscience que par le rire se trouve une part de liberté.  Et est surtout une comédie. Le message est crypté à destination du public : en jouant le rôle de Sosie et en endurant sur scène les coups de bâton, Molière dit à son auditoire que les dieux sont de sacrés voleurs et qu’ils abusent sans vergogne de leur puissance absolue. Sosie et Amphitryon sont dépossédés : livrés à cette sorte de nudité, ils se retrouvent face à «eux-mêmes», doublement pour ainsi dire, puisqu’ils sont à la fois face à leurs doubles divins,  usurpateurs et abuseurs du bien public,  mais en même temps, ils s’interrogent sur leurs actes dans une introspection tout aussi douloureuse. Depuis la salle,  nous voyons tout de l’imposture et nous savons « qui est qui ».  De cette façon,  c’est en quelque sorte le public qui a le pouvoir sur la pièce,  le pouvoir de dire où se trouve la vérité et de dénoncer ainsi l’imposture.  Les dieux sont des menteurs et nous,  nous savons où se trouve la vérité. Il me semble que Molière est le dramaturge qui annonce les Lumières. Il y a dans  Amphitryon  une chose qui me passionne, parce qu’il s’agit d’un enjeu toujours très vivant dans nos sociétés,  c’est la question de la croyance.  Molière met en scène des dieux qui se travestissent et en faisant ceci,  ils en deviennent de faux dieux,  parce qu’ils usurpent une identité et qu’ils mentent sur leurs véritables intentions.  Or,  pour les humains que nous sommes, et particulièrement pour nos sociétés et nos cultures,  le recours à l’oracle, à l’augure,  la volonté de discerner dans les signes envoyés par les dieux la voie à suivre sur terre,  tout ceci est vécu constamment comme une vérité indubitable. En substance, les dieux ne peuvent pas nous mentir. Dépeindre au théâtre des dieux menteurs est une magnifique impertinence mais aussi une immense clairvoyance prémonitoire. Galilée meurt en 1642. Molière meurt en 1673. Ils sont très contemporains, au fond. Même s’il n’existe en apparence aucun lien entre les deux hommes, il me semble pourtant que la double question de la croyance et de la connaissance occupe tout entière la pièce  Amphitryon . En affirmant et démontrant que la Terre tourne autour du soleil et non plus l’inverse,  Galilée questionne aussi la place de l’Homme dans le monde et celle de Dieu chez l’Homme. Et si Dieu n’occupait plus toute la place dans la création ? Et si la part de l’Homme était plus grande sur sa propre destinée ? C’est également toute l’interrogation de Molière qui démontre, par le rire et la comédie,  que les dieux ne sont plus détenteurs de la vérité,  puisqu’ils nous mentent. Si les dieux ne connaissent pas la vérité, alors peut-être vaut-il mieux se tourner du côté des humains et se taire sur ce que nous croyions,  au profit de ce que,  désormais, nous connaissons.
Metteur en scène
Guy Pierre Couleau

GUY PIERRE COULEAU, METTEUR EN SCÈNE

Il débute au théâtre comme acteur en 1986, dans des créations de Stéphanie Loïk, Agathe Alexis ou Daniel Mesguich.
Il réalise sa première mise en scène, Le Fusil de chasse  de Yasushi Inoué, en 1994, avant  Vers les cieux  de Horvath, l’année suivante.
En 1998, il décide de se consacrer uniquement à la mise en scène, pour créer  Netty d’après Anna Seghers et  Déjeuner chez Wittgenstein  de Thomas Bernhard.

Après avoir monté Le Baladin du monde occidental de John M. Synge, Guy Pierre Couleau fonde en 2000 sa compagnie « Des Lumières et Des Ombres », associée au Moulin du Roc, Scène nationale de Niort puis aux Scènes nationales de Gap et d’Angoulême.
En 2001, Le Sel de la terre,  diptyque de Sue Glover et Frank McGuinness, est programmé au festival IN d’Avignon. Guy Pierre Couleau a également mis en scène Rêves  de Wajdi Mouawad, L’Épreuve de Marivaux, Marilyn en chantée de Sue Glover, Les Justes  d’Albert Camus, Les mains sales  de Jean-Paul Sartre.

Il dirige depuis juillet 2008 la Comédie De l’Est, Centre dramatique régional d’Alsace, à Colmar, qui devient en 2012 Centre dramatique national. Il y crée  La Fontaine aux saints  et  Les Noces du rétameur de John M. Synge en 2010. Suivront Hiver de Zinnie Harris, Le Pont de pierres et la peau d’images  de Daniel Danis, Bluff  d’Enzo Cormann, Maître Puntila et son valet Matti  de Bertolt Brecht et  Cabaret Brecht. Pour la saison 2013-2014, il met en scène  Guitou de Fabrice Melquiot et  Désir sous les ormes  d’Eugene O’Neill. En novembre 2014, il crée  Don Juan revient de la guerre  de Horváth, qui connaît un grand succès au festival d’Avignon OFF en 2015.




 
Synopsis

Sitôt sa nuit de noces avec Alcmène consommée, Amphitryon, général thébain, quitte sa jeune épouse pour aller guerroyer.  
Le dieu Jupiter,  amoureux de la belle mortelle, profite de l’occasion pour se glisser dans son lit sous les traits du mari.  Son allié Mercure monte la garde, après avoir pris l’apparence de Sosie,  valet d’Amphitryon. Mais celui-ci est de retour au palais,  précédant son maître pour annoncer sa victoire… et tombe nez à nez avec cet « autre moi ».  
Dès lors,  la pièce repose toute entière sur le motif du double et du miroir.  Entre quiproquos,  malentendus et rebondissements, Molière invente une fantaisie mythologique à grand spectacle, où les dieux descendus sur terre,  rusés et manipulateurs,  sèment la confusion et s’amusent aux dépens des humains, dupés de bout en bout et incapables de distinguer le vrai du faux. 




 

Avec Isabelle Cagnat
Luc-Antoine Diquéro
Kristof Langromme
François Rabette
Nils Öhlund
Jessica Vedel
Clémentine Verdier

Lumière Laurent Schneegans
Scénographie Delphine Brouard
Costumes Laurianne Scimemi
Maquillage Kuno Schlegelmilch
Assistante à la mise en scène  Carolina Pecheny Production Comédie de l’Est - Centre dramatique national d’Alsace 
Coproduction Comédie du Poitou-Charentes - Centre dramatique national

AUX CÉLESTINS,  THÉÂTRE DE LYON

Mardi 17 janvier à 20h
Mercredi 18 janvier à 20h
Jeudi 19  janvier à 20h
Vendredi 20  janvier à 20h
Samedi 21 janvier à 20h
Dimanche 22 janvier à 16h00
Mardi 24 janvier à 20h00
Mercredi 25 janvier à 20h00
Jeudi 26 janvier à 20h00
Vendredi  27 janvier à 20h00
Samedi 28 janvier à 20h00

Durée: 1h45

 

Billetterie : 04 72 77 40 00 
Administration : 04 72 77 40 40 
www.celestins-lyon.org 

4 rue Charles Dullin - 69002 Lyon




Mercredi 4 Janvier 2017






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