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Laïcité et droits des femmes

Michèle Vianès, présidente de Regards de femme



L’équipe éducative d’un lycée professionnel privé non confessionnel sous contrat de Lyon a organisé lundi 2 février un débat « Respect, tolérance et rôle des femmes dans les religions du livre » auquel était convié le grand rabbin de Lyon, un prêtre lyonnais et le vice-président du conseil régional du culte musulman (Rhône Alpes).

Retrouvez ci-dessous l'excellent exposé de Michèle Vianès :

 
"Construction de la hiérarchie patriarcale
 
Depuis les origines de l’humanité,  les hommes ont cherché à expliquer la création du monde, à chercher des réponses à la question fondamentale : Pourquoi les femmes ont-elles le pouvoir de donner naissance aussi bien à des filles qu’à des garçons, pourquoi les hommes doivent nécessairement « avoir à leur disposition » une femme pour avoir des fils ?
 
Dans le même temps le désir d’immortalité les a conduit à organiser un culte à leurs aïeux, de père en fils, et pour qu’ils soient bénéficiaires de ce culte, ils vont devoir contrôler les femmes afin que leurs fils soient bien les leurs.
 
D’où la grande peur des hommes à l’idée de l’autonomie des femmes, les religions ont mis en place la hiérarchie hommes/femmes.
 
Pour justifier les incapacités des femmes, leur infériorité, traditions et  religions ont interprété des faits biologiques, Le premier d’entre eux étant le sang menstruel qui rendrait les femmes impures et ouvre tout le champ des interdits pour les femmes
Les femmes vont être dans le même temps intellectuellement stérilisées par une masse d’obligations ridicules et tatillonnes (interdits alimentaires, tâches domestiques ritualisées, etc. ;).
 
Femmes impures, femmes domestiques, femmes tentatrices : il va falloir cacher « la » femme. Séparer, rendre invisibles les femmes, mais les louer en tant que mère ou épouses vertueuses, et surtout en faire des servantes obéissantes. Toutes les religions considèrent que les hommes subviennent aux besoins matériels des femmes, considérées comme incapables d’avoir une autonomie financière, en échange de services domestiques, sexuels et maternels.
Education des filles pour déconstruire la hiérarchie
Mais des hommes et des femmes ont dénoncé cette sujétion, de manière individuelle d’abord puis collective.
 « Si la coutume était de mettre les petites filles à l’école, elles apprendraient aussi parfaitement »  Christine De Pisan il y a 6 siècles
Condorcet affirme, (1790) que l’instruction doit être commune aux hommes et aux femmes, publique, laïque et gratuite. Et surtout que les hommes ne peuvent être libres et égaux si la moitié du genre humain n’est pas libérée de ses entraves séculaires. Il dénonce le rôle des prêtres: en soumettant le corps et l’esprit des femmes à une autorité qu’on ne leur demande pas de comprendre, ils les préparent à la servitude forcée ou volontaire
Pour Jules Ferry « celui qui tient la femme tient tout, c’est pour cela que l’Eglise veut retenir la femme, et c’est aussi pour cela qu’il faut que la démocratie la lui enlève ».
La création de l’Ecole laïque pour les deux sexes (loi du 2 mars 1882) est une première clé qui va permettre d’ouvrir aux filles l’accès à l’égalité des chances.
 
 
Laïcité et école de la République
La séparation des Eglises et de l’Etat est essentielle : L’Etat reconnaît des droits fondamentaux à chaque individu, indépendamment de l’origine, du sexe, des opinions. Il reconnaît à chacun et chacune la même dignité, et la liberté de croire, de ne pas croire, de douter ou de changer de religion. Il n’exige nulle dévotion en contrepartie mais l’adhésion à un contrat et à des devoirs de la part de consciences autonomes et libres, c’est-à-dire éclairées, aptes à juger et capables de vouloir.
 
La religion qui relève de la foi personnelle, de l’intime,  n’a pas à inspirer les lois ni exercer de contrôle sur le politique.
 
La laïcité organise l’espace politique qui repose sur la liberté de conscience, l’égalité en droit des options philosophiques et des croyances religieuses, la fraternité républicaine, envers l’autre.
Tenir les trois en même temps n’est ni naturel ni inné, mais construit et acquis. Le principe de laïcité renvoie chacun d’entre nous à sa capacité à s’émanciper de toute tutelle pour définir en toute conscience les règles de son libre arbitre.
 
C’est le moyen de faire coexister des individus qui ne partagent pas les mêmes convictions. Le lien civique doit avoir la prééminence sur tous les particularismes historiques ou religieux, sur les solidarités domestiques ou claniques.
 
La citoyenneté se traduit quotidiennement (civisme) dans le respect des règles qui facilitent la vie commune.
 
La laïcité demande connaissances et esprit critique. C’est la mission  de l'école de la République : aider à faire éclore le citoyen, apprendre aux élèves à devenir des adultes autonomes, responsables de leurs actes, à se construire par rapport au savoir, à la culture de l'humanité, par rapport aux autres (famille,  amis, enseignants, etc.), à se passer de maîtres. Chaque être humain est unique, différent des autres. Tous sont égaux en droits, devoirs et dignité.
Nous ne sommes pas seulement le produit de ce que la nature nous a apporté par l’entremise d’une dotation génétique ; nous sommes aussi le produit de ce que la communauté humaine nous a fourni grâce aux rencontres avec d’autres humains.
 
L’école est le lieu où s’opère cette construction de l’enfant en une personne rendue unique en lui permettant de réaliser la synthèse entre une multitude de questions, de réponses, de rencontres.
 
Pour cela, l’école doit avoir une attitude d’ouverture, d’écoute, et entretenir le besoin de lucidité, de rigueur, apprendre à réfléchir c’est-à-dire à dire non à ses propres croyances.
 
C’est pour cela que l’enseignement ne doit être soumis à aucune idéologie politique ou religieuse.
 
Toutes les attitudes qui manifestent une soumission à des impératifs venus d’ailleurs, que ce soit la famille ou la religion, doivent donc être proscrites.
 
De même une école, quel que soit son niveau, école maternelle ou faculté, est un lieu qui doit être respecté puisqu’elle est l’espace mis à disposition de toutes et tous pour entrer en humanité.
 
Car c’est bien cela la finalité du système éducatif : aider chaque enfant ou adolescent-e à porter un regard aussi réaliste que possible sur le monde qui l’entoure, sur les autres et sur lui-même."

Michèle Vianès, présidente de Regards de femmes

 




Mardi 3 Février 2015






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