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Transparence : on se déshabille tous, qui commence ?​



Transparence : on se déshabille tous, qui commence ?​

La transparence, exigence démocratique
 

La démocratie se fonde sur l’idée de la légitimité de la communauté des citoyens, seule source de la légitimité politique, et de tous les liens sociaux

Tous les individus se donnent le droit de juger lescomportements de ceux qui détiennent l’une ou l’autre forme de pouvoir, qu’il soit politique, économique ou interindividuel

L’aspiration à une forme de transparence est donc structurellement liée à la société démocratique et à ses caractéristiques fondamentales

La théâtralisation de la vie sociale

Les exigences démocratiques se sont accrues avec l’épanouissement de la démocratie que Dominique Schnapper qualifie d’« extrême »Le respect des hommes et des institutions ne va plus de soi.Ni la tradition, ni la nature, ni aucun Dieu ne légitiment ces institutions. Aucun pouvoir ne s’impose par sa seule existence. 

L’évolution de la vie économique s’est accompagnée d’une transformation des modalités de revendication. Les individus démocratiques s’indignent moins contre le « système » abstrait ou contre les structures sociales liées au capitalisme, quecontre les personnes et leurs comportements. La transparence devient alors la revendication première

De l’impossibilité à l’illusion

La transparence complète est pourtant impossible, c’est une illusion et cette aspiration peut être un véritable danger

Si le principe du droit à contrôler les gouvernants est un acquis incontestable de la démocratie, dans l’ordre du pouvoir un certain secret est nécessaire. 

D’abord pour des raisons techniques : les décisions politiques ne peuvent être prises qu’après une délibération et une réflexion dont les étapes ne sauraient être explicitées devant tous les citoyens. 

Mais, même par-delà cette obligation technique, tout pouvoir doit conserver une forme de secret pour être accepté et respectéLe roi ne peut et ne doit pas être nu. Les responsables doivent garder une certaine distance, une apparence de dignité, nécessairement liées au secret, qui les distinguent des autres

Plus profondément encore, toute existence humaine comporte une part de mystère. Nous ne sommes pas complètement transparents à nous-mêmes et nos plus proches ne nous sont pas non plus complètement transparents. 

Qui souhaite se dénuder en public ? Personne

Il ne s’agit pas de mensonge sur soi ou de volonté de tromper l’autre, mais simplement de la réalité des êtres humains, qui ne se connaissent jamais totalement, qui d’ailleurs se transforment avec le temps et qui sont inévitablement destinés à agir dans un monde instable qu’ils ne comprennent et ne maitrisent que partiellement

Aussi l’aspiration à une « transparence » qui serait absolue risque d’être dysfonctionnelle et de devenir une pure idéologiequi rendrait monstrueuse toute forme de vie sociale. Ce sont les régimes totalitaires qui ont visé la transparence absolue de la vie sociale et personnelle. Les démocrates ne devraient pas les prendre pour modèles.

La juste transparence

Reste qu’il faut prendre en comptedans la société comme dans l’entreprise, l’aspiration des hommes démocratiques à participer aux décisions et à ne pas se voir imposer des directives venues d’en haut, sur lesquelles ils auraient le sentiment de ne pas avoir été consultés ou même informés. Les responsables ne peuvent négliger cette aspiration. 

Il fautrouver la voie étroite entre la complète transparence, qui est tout à la fois impossible et non-souhaitable, d’un côté,et, d’un autre côté, l’aspiration de l’homme démocratique à juger des décisions qui, même si elles sont inévitablement prises par d’autres, le concernent directement 

C’est une voie de crête qui ne peut être définie une fois pour toutes.. Il faut la penser au cas le casl’élaborer et la respectertout en la faisant respecter par les autres, en tenant compte,chaque fois, des conditions et des circonstances, toujours particulières, dans lesquelles les décideurs prennent des décisions qui s’imposent aux autres et entraînent des conséquences sur leur destin

Jean-Luc Fallou
 


Ressources:

Ecrits de Dominique Schnapper, membre du Conseil constitutionnel (2001 - 2010), membre de TMI. 
 

Jean-Luc Fallou
Jean-Luc Fallou

Présentation de l'auteur

Jean-Luc Fallou est diplômé de l’Insead et Ingénieur de l’Ecole des Mines de Nancy. Précédemment  Président d’Arthur D. Little France, en 2002 il prend la direction de Stratorg Group (http://www.stratorg.com/ ).  M. Fallou préside également le Trust Management Institute (TMI) (http://www.trust-management-institute.org/accueil ).




Jean-Luc Fallou, président de STRATORG Group
Samedi 24 Octobre 2015






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